La société
AGE, qui exploite la carrière de
Villerambert, a été choisie pour fournir le marbre rose de la plus haute tour du monde, la «
Kingdom Tower », qui devrait dépasser les
1 000 m.
Sa construction débutera en 2014 à
Djeddah, en
Arabie Saoudite .Ce gros contrat fournira pas moins de dix ans de travail à l’entreprise audoise, à compter de 2016.
Avec, à la clé, pas moins de 36 emplois supplémentaires, dont trente pour l’usine de polissage, sur un site qui n’en compte actuellement que 3 !
Un étage pour la France
C’est lors d’une visite d’un de ses dépôts, à
Riyad, il y a trois ans, que le gérant d
’AGE,
Khalid
Massoud, a rencontré fortuitement un des promoteurs de cette grande tour, proches de la famille royale.
Le
marbre incarnat les a visiblement séduits. «
Ils ont visité ma carrière. Et depuis,
ils viennent tous les six mois », raconte l’entrepreneur.
Le précieux matériau, extrait du sous-sol de Caunes, équipera des salles de bain, des dallages, des colonnades, des fontaines... au milieu d’autres marbres en provenance de 28
carrières dans le monde : Brésil (vert), Italie (blanc), Maroc (noir)...
L’incarnat sera particulièrement employé dans l’étage dédié à la France.
Dans cet immeuble aux dimensions pharaoniques, chaque niveau fera, en effet, référence à un pays.
Des emplois en suspens
Pour produire les milliers de tonnes de marbre de cette commande, Khalid Massoud compte descendre jusqu’à 50 m au-dessous du sol actuel de la carrière.
Le site d’extraction s’étale aujourd’hui sur 4,4 ha, sur une emprise totale de 14 ha.
2,5 M€ d’investissement sont prévus.
Pour polir les blocs, le gérant espère obtenir l’autorisation pour ouvrir une usine à proximité. « Je ne veux pas devoir faire transiter mes camions, 50 fois par jour, au milieu des
villages pour rejoindre une zone d’activités », explique-t-il.
Des discussions sont en cours pour trouver un terrain approprié.
A défaut, ce travail s’effectuerait en Egypte dans des ateliers déjà existants, et les 30 emplois promis sur Caunes pour cette activité, ne seraient alors pas pourvus.
« Nous ferons tout pour suivre cette initiative. Nous trouverons la meilleure solution », annonce Alain Ginies, président de la communauté de communes.
Des assurances reprises par Jacques Molina, maire de Caunes-Minervois, qui promet son aide et voit dans cette commande « une chance pour le territoire.
»
Après avoir habillé la demeure du Roi Soleil, à Versailles, le marbre de Caunes s’approchera des étoiles dans la péninsule arabique...
UN PROJET PHAROANIQUE
La Kingdom Tower devrait mesurer plus de 1 000 m, contre 1 600 m initialement prévus.
Sa construction débutera courant 2014 à Djeddah.
Ce gratte-ciel a été dessiné par le cabinet d’architectes américains
Adrian Smith et Gordon Gill. Il s’agit d’une commande du prince saoudien
Al-Walid Ben Talal, proche du
roi Abdallah.
La tour disposera de quelques 530 000 m2, en bureaux, résidences de luxe, hôtels… 59 ascenseurs desserviront les étages.
Son coût est estimé à près de 30 milliards de dollars. Au pied de la tour, un espace de 23 ha sera aménagé avec des commerces, habitations, bureaux, espaces verts…
L’actuel record de la tour la plus haute est actuellement détenu par Burj Khalifa, à Dubaï (828 m).
Le mot marbre lui-même, est dérivé du grec marmares qui signifie pierre resplendissante, puis avec le latin, est devenu marmor.
Dans cette appellation grecque, entraient, en plus du marbre, d'autres roches géologiquement différentes, tels le granit, le basalte et
l'albâtre.
Ces minéraux ont été répertoriés dans les marbres antiques, par opposition aux marbres modernes qui ne comprennent que les roches dérivées du calcaire.
Les premières réalisations d'objets en marbres antiques remontent à l'âge de la pierre polie.
Les marbres se sont formés à partir d'un gigantesque dépôt de calcaire entre la période du Dévonien supérieur et celle du Carbonifère inférieur,
dans un intervalle d'environ 50 millions d'années, entre - 380 et - 330 millions d'années.
A cette période, les environs du village étaient quasiment sous l'océan. Seuls émergeaient les monts du Minervois. Cette mer, peu profonde, renfermait de nombreux animaux et
plantes, notamment les goniatites, ancêtre des ammonites, une sorte de poulpe vivant dans une coquille, et les orthocères, fossile doté lui, d'une coquille toute droite.
Durant des millions d'années, après leur mort, tous ces animaux et plantes se sont entassés au fond de l'eau, les uns sur les autres, et ont été entraînés par les courants pour former des poches
d'accumulation.
Mêlés aux planctons, ces dépôts se sont peu à peu transformés en calcaires dolomitiques.
C'est ce phénomène, nommé "métamorphique", qui, sous l'effet conjugué de la température et de la pression exercée par les plaques souterraines, avec l'apport, entre autre, de l'oxyde de
fer, qui permet d'obtenir les couleurs et la consistance du marbre d'aujourd'hui.
L'exemple type en est le manganèse qui apparaît sous forme grisâtre ou noire, et qui est particulièrement visible à Villerambert.
Le marbre fait partie depuis des millénaires du patrimoine de Caunes, et lui a conféré sa richesse et sa renommée.
Il est donc normal qu'il retrouve une place prépondérante dans l'économie et le développement touristique non seulement du village, mais aussi du Minervois.
Les artistes contemporains sont déjà à l'oeuvre pour redonner son prestige à ce matériau qui remonte à la mémoire du temps.
Caunes, village du marbre, a connu 32 sites d'exploitations .
Les garrigues de Villerambert.
Huit carrières ont été ouvertes sur cette zone dont la "grande carrière", "la petite de griotte", la carrière près de la champignonnière et les carrières "chez Julien".
Une seule est restée en exploitation sous le terme générique de carrière de Villerambert, exploitée par la société AGE de Khalid Massoud.
C'est actuellement la seule carrière en exploitation permanente